Avoir ou être : de ce qu'il advient de l'artiste qui s'approprie le génie


À qui a-t-on vraiment dit: «quelle brillante idée!», «quel beau projet!» lorsqu'on annonce d'un air comme ça, un peu désinvolte, un peu passionné qu'on veut écrire. Peut-être vous rappelez vous de cette discussion terrible. C'est un dimanche, il est midi, tout la famille est à table, à table oui parce qu'avec un morceau de viande dans la bouche il est moins facile de se mettre à hurler. Passé l'entrée le futur est présent dans la conversation. Car si la question du «que va-t-on faire?» est souvent prématurée, elle est tout autant essentielle. Alors vous vous prononcez et là c'est la crise. Comment tu vas payer tes factures? Comment tu vas percer un milieu si fermé? Comment vas-tu fonder une famille (ça c'est maman qui en plus d'avoir quatre enfants a hâte de devenir grand-mère) ? Personne n'a jamais dit que ce serait facile mais c'est un instinct, c'est une envie, un besoin, c'est inévitable, infaillible, c'est fatal. C'est comme ça. Là tout le monde fait la gueule et dimanche redevient dimanche, dimanche pluvieux, dimanche la fin de la semaine, quand tout est prêt à recommencer et que personne n'en a envie.
Au départ écrire ne se veut aucunement à la recherche d'une quelconque reconnaissance, on écrit simplement pour se soulager, avec ses larmes ou son sourire, avec ces baisers volés ou la pluie qui efface doucement les jolis souvenirs. On écrit pour s'en rappeler, pour ne pas s'oublier sans rien dire. Il n'y a pas de but lucratif. Seulement, quand le succès arrive, tout se complique. On n'a dorénavant plus jamais droit à l'erreur, la pression est véhémente, il faut réussir à tout prix, récidiver, pondre à nouveau un chef d'½uvre, comme hier.
On a posé récemment la question à Élizabeth Gilbert dont le livre, Mange, prie, aime est devenu cette année un best-seller, un triomphe inouï, la réussite du siècle, le bouquin d'l'année, la victoire de sa vie, une prouesse fantastique, une performance insensée, une extravagance des médias, la nouvelle démence médiatique. On lui a demandé si elle n'était pas effrayée par le fait qu'il était possible qu'elle n'écrive plus jamais comme ça, si sa phobie n'était pas de ne plus jamais connaître le succès.
Elle a alors sourit et rétorqué que les écrivains qui pensaient que peut-être, surement, le succès étaient derrière eux plongeaient leur grisaille angoissante dans l'alcool, dans la drogue, dans les excès, dans tout ce qui pouvait leur faire oublier qu'on ne se souviendrait pas d'eux. Simplement si la souffrance et l'écriture sont intimement liées c'est que l'écriture est passionnelle. Or la passion entraîne le blanc comme le noir, le bien comme le mal, le beau comme l'hideux, l'exquis comme l'infâme. La passion vomit le passable, éructe le joli, refuse le gris, ce sale gris. C'est ainsi. La passion rend instable, fragile, inconstant, un peu boiteux. La passion est habile, ingénieuse, la passion est géniale. Il y a un génie au-dessus de l'épaule de celui qui écrit. Et ce génie n'a besoin d'être abreuvé de thuyone ou d'absinthe, nourrit d'héroïne, crack, coke, beuh que si celui sur lequel il veille recherche en l'écriture, dans l'art et la créativité une certaine gratitude, une certaine récompense sous la forme d'une sorte de piédestal ou autre rémunération. Celui qui apprécie l'écriture, le talent à sa juste valeur n'a nullement besoin de se noyer dans la débauche dans l'espoir d'y rattraper cette inspiration dont il a été privé au moment où il a préféré le salaire qu'elle lui a, un jour, octroyé à une jouissive mais pénible quête dans l'espoir de croiser une nouvelle fois ce puissant et mystérieux génie.
Nous sommes à l'Antiquité. Les gens portent des toges, des couronnes de rameaux sur la tête, Rome et Athènes règnent sur le monde. Alors, on considérait que le talent n'était pas intrinsèque aux individus. Le génie était une sorte d'esprit divin qui se promenait et venait visiter les uns plutôt que les autres. Socrate parlait de démons, on était possédés, il nous fallait alors capturer autant qu'on en était capable tout ce que ce souffle miraculeux voulait bien nous murmurer, comme ça tout bas. Rien n'était grave finalement, l'écrivain pouvait rendre copie blanche, le peintre une toile sans griffes, le musicien une partition sans bruits sans que sa vie ne tourne à la tragédie, au drame américain où l'on commence par boire un gin à neuf heures du matin et où, dans les derniers jours, c'était à un suicide collectif que l'on assistait. Le génie était devenu paresseux ou était alors partit chatouiller quelqu'un d'autre et la vie reprenait son cours normal.
Et les temps ont changé et l'être humain individuel est venu se placer au centre de l'univers surement à son détriment. L'individu était passé d'avoir un génie à être un génie. Ce passage d'avoir à être a rendu l'existence de l'artiste complètement démente, détraquée et dangereuse, l'entraînant dans une contrée sombre, emplie de peines et de douleurs, un monde si plein de baisers cocaïnés que l'être humain somme toute si fragile oublie qu'il ne pourra plus jamais en sortir. Cette périlleuse décision fait peser trop de responsabilité sur l'artiste et cette pression, cette étreinte qu'il est désormais condamné à subir, c'est cela qui le détruit, c'est cela qui le tue. Il est temps de redéfinir la puissante relation qui existe entre l'individu et le mystère de la créativité. Pour cela, il suffit d'écouter ceux qui ont fait l'expérience ingénue du génie génial. Ruth Stone, célèbre poète américaine raconte son histoire. Petite, alors qu'elle travaillait dans les champs, elle a senti, elle a entendu quelque chose. Pas n'importe quoi puisque ce quelque chose faisait trembler la terre en dessous de ses pieds. Elle a alors couru, couru le plus vite qu'elle pouvait pour être sure de ne pas rater aucuns des mots qu'on lui chuchotait à l'oreille et pouvoir les écrire quelque part, peu importe, n'importe où. Parfois elle réussissait à inscrire tout ce qu'elle entendait tout au fond d'elle-même. Parfois elle le ratait complètement et retournait dehors dans l'espoir de le retrouver sans le chercher bien évidemment. Le génie ne se cherche pas, il se trouve. Il nous trouve. Le génie n'est pas vraiment en nous, il ne fait que flirter avec nous, pour un moment, comme un amant délicieux. Comme un amant, il est source d'inspiration infinie, il créée un tumulte en nous, une sorte d'énergie passionnelle, une sensibilité charnelle, il est épuisant, il ne permet pas de dormir, il nous oblige à profiter de sa flamme comme si à chaque fois c'était pour la dernière fois. Comme si demain, tout serait finit, comme si on ne se reverrait plus jamais, cette nuit de pleine lune était la dernière. Les baisers ont toujours le meilleur goût puisqu'on ne sait jamais si d'autres viendront ensuite. Rien n'est simple, on donne tout, il prend tout. Le génie est un adepte de l'extrême, il nous fait prendre des risques, le risque de nous détruire, de tout réduire en cendre mais aussi celui de surprendre par la construction d'une chose prodigieuse, extraordinaire. C'est bien cela, le génie permet la désagrégation comme il permet le prodige. Le génie est un enfer comme il est un miracle. Oui, le génie ne peut s'identifier, on ne peut vraiment l'expliquer, il se contredit aussi. Mais rien ne sert de tenter à tout prix de démêler cette incroyable énigme.
Le génie n'est certainement pas en nous, il nous espionne, il nous épit. Néanmoins, c'est une force comme une subtilité indomptable, hors de notre portée et comme tout ce qui est hors de notre portée, elle est susceptible de nous rendre fou. Il est comme une émotion forte, il atteindra les personnes selon leur résistance, leur virulence et leurs faiblesses. Il touchera chacun d'une manière différente. Et s'il noie l'un d'entre nous dans l'alcool, s'il fait agoniser un autre déchiré par des passions et des désirs trop ardents, ce sera par l'intensité, la force de son message et non parce qu'il pèse sur leurs épaules pour des raisons de succès ou autre insignifiants triomphes matériaux. Le génie n'a aucune faute sinon celle de nous donner à vivre la vie subtile, la vie sublime, la vie comme personne ne l'a jamais vécu. Le génie a des nonchalances mais une prestesse de grand fauve. Le génie est une paresse attentive. On guette sans cesse et parfois, par surprise, on tombe sur lui.
Nous serons alors sa beauté ou sa répugnance mais jamais son esclave.


Avoir ou être : de ce qu’il advient de l’artiste qui s’approprie le génie
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# Posté le dimanche 29 novembre 2009 22:03

abracadabrante faune Montréalaise

Jérémie Elazar, un quater back Jamaïcain
Chloé Bruno, un tremblement de mer
Mercedes Lussier-Trépanier, un téléfilm américain ultra dramatique
Laetitia Rampazzo, la responsable en communication du Bois de Boulogne
Serge, presque un chat mais non
Charles-Antoine Michel, un post-it hyper important
Jemil Biha, un baobab
Nathalie Q.G Catillon, une blonde à tout faire
Martin Gunther, un chercheur d'or
Mariane Béhar, l'hymne de la Mauritanie
Guillaume Hénault, l'homme qui murmurait à l'oreille des poteaux
Arnaud Lapillone, un bigmac
Benjamin Dié, un chanteur d'opéra
Charles Mollard, une barbie homme
Thomas Treil, un puit sans fond
Thomas Jacquesson, un bonjour de la main
Thomas Vilanova, un homme politique peu connu
Serge, toujours presqu'un chat
Romain Forfert, un jukebox
Matthieu Mauss, un artiste roux avec les mains pleines de peinture
Benjamin Laqueilhe, une piscine vide
Charles Guillard, un croissant français importé
Éléa Hernandez, une pouliche vagabonde
Bastien Schul, un prix nobel
Thomas Jaspers, une subtilité indomptable
Jonathan Elazar, Madame Doubtfire
Guillaume Duchêne, un mec en grève de sexe mais pas par défaut
Mathieu Phillipot, la chute du Niagara
Adrien Arnoux, un flash dans le ciel mais c'est pas celui d'un éclair
Adrien Fod-Viardot, Jean-Michel Basquiat
Ardo Anoma, l'autre jukebox
Célia Auclair, Bonemine la junkie
Alex Mitrecey, le meilleur ami des poussins
Adou, euh, Adou.
Axel Arnaud, le renard qui a niqué le corbeau
Virgile Deville, Mario du jeu vidéo
Alexandre Bach, la majorité sexuelle à 12 ans
Malik Kellal, un terroriste pacifique
Alexandre Gerber, Tintin qui a raté l'avion
Adrien Baud, un mec que si tu le perds en soirée, jamais tu le retrouves
Antoine Chupin, un grand singe
Antonin Villers, un problème technique
Arthur Koening, ne gagnera jamais plus que le PNB de la Somalie
Benjamin Cotte, un ravioli au fromage
Constance Beriot, une femme moderne
Maroushka Franjulien, une brindille appétissante
Gaëtan Guézo, Hank Moody en pas pareil
Bob, c'est pas Bob là-bas?
Isadora Baudouin, une ambassadrice de la vertu
Idris Hassim, suspect numéro 1
Jan-Thomas Schmale, récidiviste recherché pour meurtre à l'étalage
Jean-Baptiste Thébaut-Fries, celui qui possède le nom le plus long
Leila Asselman, une femme libérée
Lionel Rakoto, le digne descendant du roi lion
Lucie Vallat, une Polly Pocket de la série limitée
Christo, un malabar
Quentin Poisson, serviteur grec
Marie-Caroline Willemin, même derrière ses lunettes elle voit flou
Marie-Vincente Beau, elle-même
Mohamed Amide, un bon citoyen
Morgan Vincent, un danseur playmobil
Nicolas Leplatre, un palefrenier fier de son métier
Nicolas Tran, vomi de chinois
Peter Martinelli, figurant dans Titanic (pas cool)
Xavier de Cambiaire, dealer à la maternelle
Vincent Billon, petit poisson des mers du sud
Hugo le Morvan, irlandais dans le sang
William Ricard, mec qui porte bien son nom
Angélique Louisy-Conquet, voleuse de kebab
Aurélie Létourneau, reine des poules
Émilie Labarre Lauzier, autre reine des poules
Gabrielle B. Gagnon, blonde bourrée dans la boue
David martineau, le faux russe
Alizé Hatchuel, hérisson bavard
Syd TW, SDF

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# Posté le jeudi 26 novembre 2009 17:13

la vie sans mode d'emploi

la vie sans mode d'emploi
Critique du dernier livre de Frédéric Beigbeder, Un roman français.


Un roman français est une histoire vraie. Ni l'histoire fantastique d'un auteur traduit à travers le monde, ni celle d'un pitoyable nanti piteux et déplorable. L'histoire d'un homme enfermé entre quatre murs, livré à lui-même, délaissé face à ses seuls souvenirs, qu'il doit combattre, comprendre et accepter. L'histoire d'un homme comme vous et moi avec deux bras et un nez pour sniffer de la coke sur le capot d'une Chrysler noire et deux jambes pour tenter de s'enfuir à toute vitesse. C'est l'histoire d'un homme qui a tout fait trop tôt, trop vite et trébuchant, s'est cogné la tête contre son enfance perdue. Pour le moment, c'est aussi l'histoire d'un homme qui n'a pas couru assez vite.

«Une autobiographie révèle généralement que tout va très bien chez son auteur, sauf la mémoire». Franklin P Jones résume là tout à fait le mal être de Frédéric Beigbeder, diagnostiqué amnésique. À 44 ans, l'auteur français semble vivre éternellement cette enfance qu'il a oublié ou dont il ne veut se rappeler la couleur. C'est surement qu'elle était trop grise, trop terne, qu'elle ne sentait ni particulièrement bon ni particulièrement mauvais, qu'elle ne donnait ni envie de vomir ni envie d'en prendre volontiers une autre part. Et si la musique de fond n'était ni tragique ni entraînante, c'est que la bande sonore de l'enfance n'était pour Frédéric Beigbeder qu'un triste silence jamais comblé.
Cependant c'est là une façade, un garde du c½ur derrière lequel l'homme-enfant s'abrite afin de ne plus jamais recevoir de plein fouet ce passé morne, cette réalité décevante, cette forme de vide, cette vie sans fond.
À 21h05, dans ce village bourgeois de Paris, Neuilly-sur-Seine suintant le luxe, un 21 septembre de cette douce année de 1965, nait Frédéric Beigbeder. Personne ne sait qu'il sera plus tard cet écrivain sans-gêne au style à la fois arrogant et réaliste, une sorte de Dorian Gray moderne et toxico, personne ne sait pour sa décadence, son divorce, la drogue, l'alcool, les femmes, l'ennui, l'envie de se vomir, la Chrysler noire, la coke, la prison, Chloë. Personne ne sait. Frédéric n'est qu'un petit enfant, à l'adorable regard bleuté, aux boucles blondes rappelant un peu celles des anges. Il est issu de grandes familles où l'argent ne se compte plus. Grandes familles aux manières traditionnelles à la fois respectables comme fatigantes. Aux grands-parents aimants comme irascibles. Grandes familles où l'on fait attention à ce que l'on dit, où l'on dit «vous» et conjugue les verbes au passé simple, où l'on ne se touche pas, où l'on s'aime mais pas trop. L'enfance semble n'être «ni un paradis perdu ni un traumatisme ancestral». Famille royaliste, hyper-catho, hyper capitaliste qui gagne des milliers sur le malheur des autres sans que cela ne les empêche de dormir la nuit. Familles où l'on déshéritera pour cause de mésalliance jusqu'à outrance, jusqu'à ce qu'un des garçons, un des héritiers de cette belle couronne de fourberies aux majestueuses dorures déloyales préfère au château, le bonheur amoureux, la passion, la vie jolie à deux. Vouloir, plutôt qu'à la sauvette, aimer à l'improviste. C'est comme ça qu'on finit ses parents, fuyant cette masse de gens qui ne se connait pas, aux États-Unis, pour étudier mais surtout pour s'aimer en paix, loin de ces individus funèbres, loin de ce pays décédé, loin des cons de l'après guerre. En effet, en France après le devoir de Mémoire, c'est le devoir d'oubli qui s'installe. On ne parle pas de la guerre, cette saloperie de guerre. Il faut penser trente glorieuses, il faut penser baby-boom, profit, loi sur le divorce, progrès, réussir, confort, pas d'idéologie, il faut penser droite caviar les jours pairs, gauche les jours impairs, consommation, acheter, acheter, argent, fric, thune, voyage au soleil. Quel rêve! «Époque d'immédiateté, monde où les émotions sont éphémères comme des papillons, où l'oubli protège de la douleur.»
France de Mai 68, plus bavarde certes mais pas moins désireuse de son petit cocon, France de la poussière lacrymogène de la rue Soufflot et des lambris dorés de l'hôtel de Lassay, France qui boit plusieurs sortes de thé, qui appelle la femme de ménage par son prénom, France qui promène elle-même ses enfants au jardin du Luxembourg. Simplement, l'utopie n'était pas aussi propre que les jolies chemises du jeune ainé Beigbeder ainsi que celles de son frère. Pour l'anniversaire de ses trois ans, les parents de Frédéric se séparent, laissant derrière eux un souffle douloureux, un creux jamais plus comblé. Tout se divise par deux et tout va si vite que le petit garçon aujourd'hui grand se pose mille questions sans jamais vraiment en obtenir les réponses. Qu'est-ce que l'amour? Comment commence-il et pourquoi finit-il? Que faire avec d'une demi-maman et d'un demi-papa? Est-ce que c'est vrai que l'amour dure trois ans? Simple ou logique conséquence, les amours d'enfance puis d'adolescence de Frédéric ne furent qu'une succession d'échecs marquée par ses rougissements gênants aussi intempestifs qu'inopportuns. Son premier french-kiss fut le résultat d'un consternant pari, ses premiers amours un mélange de déceptions et de passions secrètes, de non-dits regrettés, de désirs destructeurs. Frédéric est un enfant abandonné par ses parents, premiers enfants d'une société nouvelle façonnée sur le piédestal de l'égoïsme et de l'individualisme, un enfant que la vie n'aide pas, retraité avant l'âge, un enfant au sourire orthodontique condamné au repos dès l'âge de sept ans.
C'est là qu'il développe son premier amour, sa première raison de vivre vraiment, vivre pour la plage de Guétary où «le ciel est un océan suspendu». Une plage sur cette terre sauvage appropriée par les vacanciers parisiens, une plage encore un peu sauvage, au charme qui désarme, aux odeurs qui préfèrent être simples plutôt que d'être muettes. Frédéric n'a pas eut une enfance très différente, dans la forme, de celle de ses acolytes des Hauts-de-Seine. Il s'est promené au Bois de Boulogne le dimanche, il a joué au Tennis au Tir, il a hurlé dans les manèges du Jardin d'Acclimatation après y avoir dégusté une barbe à papa et trainé l'un de ses parents divorcés devant les cages de tous les animaux du parc. Et, à cette époque où le mariage devenait chaque fois plus une originalité, le fait que Papa qui les avait quitté pour son bureau n'aurait pas du être si traumatisant. Et pourtant si. C'est ainsi. Chacun se remet comme il peut. On dit toujours que ce n'est pas grave, que rien n'est grave. Évidemment si on voit les choses à l'échelle monde... Rien n'est grave face aux enfants qui meurent de faim, face aux hommes que l'on torture jusqu'à ce qu'ils prient de trouver la mort, rien n'est grave face aux guerres, aux commerces d'enfants, à la bombe atomique, à la famine, au réchauffement climatique, aux génocides. Que pèse un enfant de divorcés traumatisé dans tout cela? Rien. Il n'est plus rien. On l'a effacé. Frédéric Beigbeder a effacé le divorce de ses parents, effacé la vie délavée des bacs à sables de Neuilly-sur-Seine, effacé la dictature fraternelle, effacé les images de son père au bras de cent femmes nues aux yeux rougis par la drogue, effacé sa solitude joyeuse mais sa solitude quand-même.
C'est l'ecstasy, la cocaïne qui les a remplacés.
«-Vous vous détruisez?-Non, je m'ennuie.» La drogue, la dérive nocturne sans fin, sans foi ni loi, le sport favori de cet homme sans enfance qui ne veut pas vieillir et retrouve dans le bout de la nuit, l'impression de vivre dans un temps qui ne passe pas, qui ne passe plus. Le monde est tellement mieux quand il tourne. Les couleurs sont vives, la musique de la vie décuplée, les gens flous. Les gens sont tellement géniaux quand ils sont flous, on peut les façonner à notre façon, comme on veut. Éclairer ce visage toujours triste d'un large sourire, ébouriffer une tignasse sans volume, sans éclat ni mouvement, adoucir des yeux durs d'avoir trop vécu. Il fait toujours chaud, tout est matière à se fendre la poire tout le temps, le c½ur bat vite vite vite, le monde avance au ralenti, les voix ne se distinguent pas, pas plus que les visages, les corps se rapprochent, il n'y a plus de contrôle, plus de questions, tout est instinctif, il n'y a plus de limites. «C'est une quête de plaisirs fugaces», les raisons pour se bourrer la gueule ne font jamais défaut. N'en savons nous pas quelque chose, nous qui fêtons le début comme la fin des vacances, la réussite ou l'échec à l'examen, l'amour ou le rejet, nous fêtons pour clamer nos réussites et noyer nos échecs, pour oublier. Pour oublier. Pour oublier qu'il a cessé de nous regarder, qu'il s'est retourné, qu'il est partit, qu'il s'en est allé, qu'on a cessé de s'aimer. C'est parce que l'on manque d'entrain, que les gens sont fatigants et que la vie est assommante, disait Françoise Sagan, que nous nous droguons. La dose d'héroïne, le rail de coke, l'usage de magie ruana sous toutes ses formes possibles est-elle donc ce qui attend celui qui rate le train de la vie, laissé livré à lui-même sur le quai de cette gare, sans pouvoir ni vouloir courir derrière la locomotive noire et fumante? «Le plaisir est une chose sérieuse : nécessaire mais dangereuse.» On ne voit en effet l'inanité du désir qu'une fois qu'on la assouvi.
Écrire ce livre permet à Beigbeder de faire face à son double dilemme existentiel. Car écrire, écrire le pourquoi on veut écrire, écrire son besoin d'écrire, c'est écrire sa tourmente, sa révélation, sa tension. Écrire, c'est aussi inspirer autrui, le pousser vers sa ressemblance, vers sa préférence. Écrire, c'est aussi ne pas parler. C'est se taire. C'est hurler sans bruit. Écrire c'est lire en soi. Il fait donc là face à son passé en l'acceptant grâce au changement qu'il impose à son présent et donc à son futur. De fait, enfermé dans sa cellule, le c½ur dans la main, les yeux dans le vide de ses souvenirs, Beigbeder fait comme Pérec dans W ou le souvenir d'enfance et clame l'absence de souvenirs au début du livre tandis que ce dernier en est truffé. C'est le dynamisme de l'écriture, il faut bien écrire quelque chose alors on se rappelle, on se force un peu, c'est un remède, c'est une salvation. L'écriture est clairement électuaire.
Ce qui a changé le personnage, l'élément déclencheur c'est surement la prison, l'incarcération forcée, la peur de rater le cours du monde. Sortir et ne plus rien comprendre, ne plus rien reconnaitre. Se rendre compte qu'on tient à la vie. Mais d'où vient cet amour soudain pour l'existence alors que l'attitude que Beigbeder prônait il n'y a pas si longtemps était celle de l'autodestruction, la désagrégation de l'âme à la suite de la désintégration du corps? C'est Chloë. C'est la chair de sa chair, le fruit d'un amour déchu, certes, mais d'un amour quand même. Sa petite à lui, sa fille chérie, son bonheur d'un mètre quarante, au long cheveux blonds, à la beauté de sa mère. C'est Chloë a qui il impose la même traumatisante situation à laquelle ses parents le contraignirent avant. C'est Chloë qui dessine une maison avec une grande maman dedans et un petit papa dehors maintenant et c'est lui qui doit se retenir de pleurer. Il en est finit de l'écrivain dépravé courant les boites de nuits, les jupons trop courts, les drogues trop nombreuses, l'alcool trop consommé. Il en est finit de cette jeunesse interminable qui s'inscrit dans les cernes sous les yeux, dans le c½ur trop abîmé.
Avec un roman français, Frédéric Beigbeder enterre Octave Marronnier. Avec un roman français, Frédéric Beigbeder saute de justesse dans ce train de la vie, un peu en direction de je-ne-sais-où évitant ainsi de tomber pour de bon dans les abîmes des artistes dégénérés et enterrés suite à une overdose de la vie. Avec un roman français, Frédéric Beigbeder prône l'amour passionnel, inconditionnel, fusionnel et jaloux, quitte à ce qu'il dure peu. Avec un roman français, Frédéric Beigbeder hurle que l'amour est prioritaire sur tout le reste de l'existence. Avec un roman français, Frédéric Beigbeder confesse enfin qu'il a vécu.
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# Posté le mercredi 28 octobre 2009 16:37

Modifié le mercredi 28 octobre 2009 21:08

notre air félin-pour-l'autre

notre air félin-pour-l'autre
Ils sont mignons les petits là-bas qui se cherchent à coup de vannes à deux balles, de rires à gorges déployées, de grimaces, de coups d'½il parfois méchants parfois charmants. Ils se touchent mais pas trop, ils se parlent mais pas trop, ils s'aiment, mais pas trop. Et quand il a fait un pas, elle, elle a reculé de trois. Parce qu'en vrai elle s'en fiche pas mal. C'est vraiment ça hein, c'est un jeu où on fait tous semblant finalement, semblant de faire semblant d'aimer, se laisser porter par un jeu sans règles vraiment jusqu'à ce qu'un des deux, guidé par des passions aussi ardentes qu'inconnues, se jette tout seul dans le ravin en faisant le pas de trop. En allant trop loin dans le trop pas assez et tragiquement tout briser. L'un s'enfuit devant l'autre qui hier reculait et qui à présent rampe du mieux qu'il peut en espérant peut-être décrocher un baiser, une caresse, tout sauf ce vent de cris et de peines.
C'est parce qu'on vit d'une vie rêvée, inventée, où, toujours protagoniste de chaque scène, le monde se détache de sa triste condition et apparaissent les fantômes de nos envies, de nos désirs désarmants. Il n'y a plus de masse, ils ne sont plus ces mille yeux qui nous regardent, ils ne sont que deux et ils nous observent. Des yeux emplis d'émotions, parfois tristes, parfois heureux, parfois sérieux. Mais qui sont ces yeux sérieux? Il y a là comme un goût de confusion où comme des fléchettes qui percent ton c½ur, les questions fusent. Paniqué, le rêve s'efface comme le tableau noir que l'enfant lave. Et fuir s'impose puisqu'aucunes réponses ne s'y lisent, dans ses yeux bleus d'où les larmes ont, encore une fois, perlé. Il y a des gens qui ne trouvent pas les bonnes réponses, il y a aussi ceux qui se posent les mauvaises questions. C'est la lâcheté, c'est la peur de l'inconnu. Te sens-tu soulagé, seul face à tous ces points d'interrogations que tu t'infliges? Bien sur qu'on ne saute pas dans la vie, dans l'amour les yeux fermés, on ne s'y jette pas à bras ouverts. On a cherché les mêmes choses, à des moments différents. Il faut simplement parfois savoir offrir. Mais tu ne veux pas qu'on t'offre quoi que ce soit, gardes donc ta petite robe de fête, non ne défait pas les lacets de tes souliers, tu t'en vas. Elles ne sont plus, les belles filles. Parce qu'elles sont trop et qu'il est si facile à présent à la force de quelques mots ou du goût de tes lèvres de les retenir. Il ne faut jamais que tu leur suffises car elles ne te suffiront jamais. C½ur traumatisé que le c½ur d'une autre ne saurait jamais remplacer. Tu dis contempler les gens heureux, ne savoir comment les consoler. Occupes toi donc de tes jolies affaires, cesses d'être le martyr, vis pour toi. Les règles de l'amour me fatiguent. J'ai peut-être pointé mon nez comme s'il était inaccessible et que du tien, tu ne pourrais jamais le toucher mais c'est que tu t'es trompé. C'était pas toi, c'était moi, moi je ne t'avais pas vu. Et maintenant que je t'ai reconnu, c'est moi que tu vois et d'un coup d'un seul mon visage a disparu, laissant transparaitre une simple silhouette que tout peut atteindre, une ombre que tout ébranle, que tout émeut, que tout choque et blesse. Fragile, délicate, éphémère et vulnérable. Elle a assez joué, on s'est trop amusé de ses moindres frissons, de ses petites sensations, de ses trop grands sentiments. Il suffit. Et si elle a un peu peur de demain, de quelle couleur sera le soleil et de comment le ciel brillera, peu importe, elle ne veut rien d'enfermé, de systématique, de normal. Il faut que comme une balle rebondissante chaque jours jaillisse et cabriole. Que chaque fois tout soit nouveau. Ce n'est rien demander de plus que tout simplement mardi ne ressemble pas à lundi et que les saisons se suivent et se poursuivent en aillant goûter l'air du temps mais sans sentir le froid des années. Que jamais jamais le temps ne repasse les sentiments. Mais jamais plus non plus les jeux de yoyo, de je t'aime moi non plus poussés aux extrêmes, à ne plus savoir que dire, quoi penser, à oublier l'essentiel et toujours toujours se demander si demain existera, avec angoisse, troublée, la cigarette qui tremble dans ma main gauche.
Pouvoir tout dire sans y penser vraiment, pouvoir tout faire sans réfléchir pour autant. Tant de jolies choses, pas de gris, non, et au moindre noir, partir et ne pas revenir tout de suite tout de suite du tout. Souffrir, un peu, se mordre les doigts pour quelque chose mais arrêter de tout faire en vain. Alors tu cherches surement quelque chose d'autre qu'une silhouette froissée et désabusée comme celle là mais c'est parce que tu cherches mal, tu regardes avec tes yeux salis d'idées noires, tristes, où tout veut être beau, tout veut être trop beau alors qu'il suffit de regarder avec ton c½ur et c'est tellement facile de l'écrire alors qu'on n'en sait rien finalement de ce que c'est que regarder avec le c½ur, mais essayer saura déjà te récompenser. Et si tu ne veux plus te lever avec le soleil et te coucher avec la nuit, si tu veux traverser le monde en canoë, si tu ne veux plus contourner les falaises mais les escalader, si tu ne veux plus compter en silence mais sur les doigts d'une main, regardes par là, l'aventure t'ouvre enfin ses bras. Ton indifférence ne la touche pas, elle sait que tu te trompes, tu te trompes toi-même, mais c'est un jeu comme un autre. Continues d'établir les règles à ta guise, simplement ne t'étonnes pas qu'à l'arrivée, tu déchantes et qu'elle ne sera pas là.
Car essoufflée, j'avoue, j'avais envie d'une arrivée sublime.

# Posté le jeudi 08 octobre 2009 14:16

Modifié le lundi 02 novembre 2009 17:27

À petites gorgées heureuses ou l'existence sans durée

À petites gorgées heureuses ou l’existence sans durée
Société où s'inscrivent chaque jour les plus belles insanités sur fond d'Ave Maria. Un immeuble Haussmannien, un petit hôtel particulier bourgeois qui bien loin de s'effacer, se détache par sa lourdeur d'abord, par sa richesse ensuite, des édifices voisins. Et dedans des gens. Des gens qui passent chaque minute de leur bien petite vie à soigner une image, une apparence qui laissera penser à chaque individu qui croisera leur chemin, qu'ils ne sont pas n'importe qui, qu'ils ne sont pas de n'importe où. Parce qu'ils portent des costumes trois pièces impeccables, que leurs cheveux sont parfaitement tirés et que leur chaussures brillent, ils sont haut dessus des autres, bien au-dessus, ils viennent de la haute société, ce sont des gens importants. Tout est bien lisse, rien ne dépasse. Les jeunes sont hargneux mais ils sont beaux, presque. D'un côté, à vingt ans, on est tous beaux, après on a la tête qu'on mérite. C'est pour cela que les vieux sont raides, aigris, trop plein d'argent qui ne sert ni ne servira. Et c'est surtout leurs yeux, leur regard hautain, leur ton désagréable, leur sourire pincé, leur poignée de main froide, leur hypocrisie, leur c½ur négatif et leur âme en creux. Une âme creuse oui, un cerveau certainement bourré à craquer de tout plein de choses très utiles dont ils ne feront jamais usages, appris aux grandes écoles et par Papa-Maman. C'est cela que Renée voit chaque jour défiler devant sa loge. Renée c'est la concierge de cet immeuble là. De loin comme ça elle est le stéréotype parfait de ce que l'on peut attendre d'une concierge. Petite, replète, dépourvue de traits fins ainsi que d'une quelconque classe, sa loge sent le pot-au-feu jusque dans le vestibule et on entend jusqu'à dans l'ascenseur, jacasser la télévision. Elle a donc la tête de l'emploi, tout à fait l'air d'être ce qu'elle devrait être. Simplement, c'est bien là le souci. C'est bien là le parfait exemple d'une erreur que nous sommes plus d'un à avoir commis plus d'une fois. Être et paraître. La frontière est bien mince, n'est-ce-pas? Renée a beau ne pas ressembler à grand-chose, elle lit Marx, Kant, reste perplexe devant les théories de phénoménologie d'Edmund Husserl (comme beaucoup de monde, certes, mais encore faut-il savoir qui est Husserl), son chat s'appelle Léon, là encore attention aux préjugés trop rapidement avancés, Léon pour Léon Tolstoï, le très célèbre auteur Russe du XIXème siècle. Renée se pose des questions sur l'éternel, cet invisible que nous regardons, sur le monde qui l'entoure, sur les réactions des individus, leurs envies, leurs désirs, leurs mal-être et sur le chemin de la vie, ses obstacles, ses buts, des joies mais aussi ses déceptions. Le Japon la passionne. La finesse, la délicatesse, l'intelligence de cette civilisation la subjugue.
Comme Paloma. Paloma c'est la cadette du cinquième étage. La fille d'un député et d'une mère au foyer, la s½ur d'une Normalienne faussement et peut-être physiquement intelligente. Paloma, pour sa part est remarquablement intelligente. Si elle mesurait deux mètre de plus, elle aurait certainement eut en ce bas monde plus d'influence que la Bible et le Coran réunis. Mais ce monde qui l'entoure est trop bruyant, trop plein de signaux trop inutiles pour son petit corps futile, fragile. Trop c'est trop. C'est pour cela que le jour de ses treize ans, Paloma se suicidera. Un jour par cette haine qu'elles éprouvent envers l'hypocrisie de ce monde, sa fausseté, ses apparences chaque fois plus décevantes mais aussi par cet amour qu'elles portent ensemble au Japon, un Japonais (pouvait-il en être autrement) les réconciliera avec la vie. Elles seront libres de contempler l'Art autant qu'elles le voudront puisque l'Art c'est la vie sur un autre rythme, l'Art c'est l'émotion sans le désir, elles pourront s'échapper tout leur soul grâce à Kakuro Ozu, de ce monde pourri où les adultes de ce bel immeuble tout propre, tout brillant, jouent aux petits Dieu, faisant de la politique un jouet pour les petits riches qu'ils ne prêtent à personne et gâchant ainsi sa définition, ce pour quoi elle est fait. Car la politique ne vient-elle pas «de la cité»? Depuis quand exactement laisse-t-on les ficelles être tirées par les soi-disant grands de ce monde? Il y a dans nos caves, dans les bas-fonds de nos immeubles, dans les loges, il y a ces personnes qui n'ont ni chaussures brillantes, ni cheveux tirés par quatre épingles, il y a ces personnes qui tiennent un balais dans leur main, dont les cheveux sont sales, dont la maison sent le pot-au-feu, il y a en elles parfois bien plus qu'en tous les autres réunis, tout simplement parce qu'ils sont vrais et que ce que la vérité admire le plus au monde c'est bien simplement la vérité. Ils sont durs comme du fer, bourrés de savoirs dont ils comprennent le pourquoi, le comment. Pas du bourrage de crâne forcé pour des raisons sociales, pour avoir l'air peut-être intelligent le temps qui espace deux bouchées lors d'un dîner mondain, encore un, en théorisant sur Hobbes ou comment nous vivons toujours dans cet état de nature sans foi ni lois. La recherche du savoir, pour soi, pour soi uniquement, pour mieux comprendre mais sans prétendre faire du savoir acquis un instrument de pouvoir. Le pouvoir ne les intéresse pas puisque en bas, dans leurs mansardes, elles ont le monde à leurs pieds.
L'élégance du hérisson c'est donc l'histoire de comment ces deux femmes tout particulièrement intelligentes, toutes particulièrement proche de la vie, de son sens, de ses buts, se réconcilient avec l'existence humaine grâce à la réflexion mais surtout grâce au contact. Oui, car à force de réflexions très profondes sur la vie, sur la mort, sur tous ces phénomènes qui nous échappent et continueront toujours de nous échapper, Renée et Paloma en oublient qu'elles ont le droit de vivre, elles-aussi. Confinées dans leurs incessantes pensées, elles en oublient le monde vivant qui les entoure, le souffle humain, la chaleur des corps mais c'est surtout aussi qu'elles finissent par les haïr à force d'observer leur égoïsme, leur méchanceté, leur mesquinerie. C'est la sagesse du maître Japonais, l'introduction dans ce monde de douceur, d'Art, de philosophie, de simplicité, de jolie beauté, ce monde de camélias, de fleurs roses, de matins brumeux, de brise fraiche, c'est M. Ozu qui les réconciliera avec ce monde, avec la vie, avec la mort.
On en a beaucoup parlé, on a fait couler beaucoup d'encre sur l'½uvre de Muriel Barbery. Il est facile à lire, il est accessible à tous et par une lecture appropriée on apprend certainement de nombreuses choses dans ce livre. Loin d'être « le roman féminin de l'année», L'élégance du hérisson est bien plus. Ce livre s'adresse à tous, grands et moins grand, d'une plume fine et aisée, il apporte, de surcroît, une réflexion vraiment intéressante via l'histoire de personnages captivants. Il émeut le lecteur par la description de la triste condition humaine, qu'on soit ministre, qu'on soit concierge. Le livre émeut également par la réussite de ces deux femmes à sourire de nouveau à la vie, à lui dire merci, à lui dire qu'elle est belle parce qu'elle est belle et qu'il n'est pas d'échecs, que d'épouvantables leçon de la vie. Il suffit d'attendre son moment. Et le moment vient toujours. «Car pour vous, je traquerai désormais les toujours dans le jamais. La beauté dans ce monde» (Muriel Barbery, L'élégance du hérisson)

# Posté le lundi 21 septembre 2009 20:11